Libre arbitre et activité pulsionnelle

Toute l’activité humaine consiste à canaliser l’activité pulsionnelle inhérente aux hommes et aux sociétés. Il y a très peu de libre arbitre en réalité, voire presque pas du tout si ce n’est dans les tentatives [parfois] désespérées d’adopter un comportement adéquat pour atteindre une situation idéale alors que des énergies contraires freinent l’individu [de l’intérieur].

C’est facile d’être un homme bon quand on n’est pas traversé par des pulsions [potentiellement] destructrices ou quand on a la maturité suffisante pour les contenir. L’individu qui ne peut les contenir ne fait pas le mal sciemment, il est juste dépassé. Il sait sans doute que ce qu’il fait est mal ou fait du mal – ou que son acte est condamnable, immoral – mais il éprouve malgré lui une jouissance à le faire. S’il avait le choix, il préférerait sans doute éprouver du plaisir dans des activités vertueuses, qui ne lèsent personne.

Est-il pour autant excusable ? Non ce n’est bien évidemment pas excusable de léser ou faire du mal à autrui. La loi sanctionne d’ailleurs ceux qui n’ont pas pu contenir leurs pulsions et qui se sont mis en défaut. Par ailleurs c’est en prison que l’on trouve le plus d’ « innocents » (du point de vue des condamnés : « je ne sais pas ce qui m’a pris », « ce n’était pas moi »), et c’est pour cela que la plaidoirie des avocats tente de diminuer les peines via des « circonstances atténuantes », autrement dit : « quelles sont les causes systémiques qui peuvent amplifier l’activité pulsionnelle d’un présumé coupable au point de la lui rendre plus difficilement gérable ? »

Tous les systèmes juridiques mis en place par les hommes n’aspirent qu’à une chose : aller vers une certaine harmonie en gérant, au sein de la société, toutes ces forces qu’on ne contrôle pas. La justice ne peut donc intrinsèquement être parfaite puisque par essence elle gère les débordements. Si vous renversez un seau rempli d’eau, vous ne pourrez jamais récupérer totalement le contenu initial. Il y a aura donc toujours des pertes, des parties lésées qui n’auront pas reçu de réparation équitable. D’ailleurs les [tentatives de] réparations ne sont jamais réellement équitables car elles s’inscrivent dans des registres différents (une compensation financière ne remplacera jamais le fait d’avoir ôté la vie). La seule chose dont on peut exiger de la justice est l’impartialité.

La véritable vie se situe donc dans le monde psychique, dans toutes ces interactions inconscientes sur lesquelles la mythologie et les religions ont tenté de créer des systèmes de représentations. On ne sait pas si le diable existe vraiment – on n’en a en tout cas pas la preuve certaine, si on y croit c’est par la foi religieuse – par contre on peut le retrouver dans certains comportements humains, à un niveau phénoménologique (les pulsions meurtrières ou perversions sadiques par exemple). Pareil en ce qui concerne les anges, on ne sait pas trop à quoi ces êtres peuvent ressembler, par contre il y a cette énergie positive qui aspire à repousser le mal, et à développer des comportements vertueux, qui pourrait très bien être inspirée – au sein d’un système de représentations – par des anges, ou même carrément Dieu.

Avoir conscience que ces phénomènes sont bien plus puissants que n’importe quel esprit, fusse-t-il extrêmement rationnel, doit nous permettre d’aller vers de l’humilité : notre personnalité est le résultat d’une intense activité de canalisation d’un ensemble de forces. Quand on ne contrôle plus et qu’on commet un acte qu’on reprouve ensuite, on admet modestement : « J’ai craqué ».

Dans la topique freudienne, c’est le Surmoi qui régule la pulsion du Ca, et le Moi qui prend les décisions « les plus adaptées » en vertu du moment et des situations. Il s’agit d’un compromis qui n’est jamais totalement le comportement désiré : le libre arbitre est donc une limitation, une activité régulée au sein d’une société autonormée.

Jung va beaucoup plus loin lorsqu’il évoqué « l’inconscient collectif » ou encore « les archétypes », une théorie qui considère le monde comme une matrice [une totalité] intégrant des forces – opposées – ainsi que des formes – archétypales – qui sont au-delà de la matière et qui sont en interactions permanentes avec celle-ci. Ces forces qui traversent chaque être humain, qui le questionnent en permanence sur le sens de sa vie et qui le font passer par des étapes au cours de ses différents âges. Un peu comme si la vie était un parcours initiatique dont on ne connait avec exactitude la finalité.

La finalité qui peut se poser ou s’envisager, peut-être arbitrairement mais assumons, d’un point de vue moral : sublimer ces énergies, toutes ces polarités contraires et en faire quelque chose de positif, d’utile à la communauté, à l’histoire des hommes.

Cela peut s’intégrer de la façon suivante: puisque nous sommes condamnés à devoir expérimenter certains tiraillements, nous confronter à certains grands questionnements au cours de notre vie – qui peuvent nous amener à certaines souffrances (physiques et psychiques) –, développons suffisamment de vertu et de courage pour cheminer en paix.

Jung (encore lui) disait : « Celui qui n’a jamais traversé l’enfer de ses passions ne les a jamais surmontées. » Cela est la vraie vie, celle qui fait grandir. L’être humain étant un individu social, c’est ensemble que l’on se construit, à travers les interactions avec la communauté des hommes, ces interactions qui révèlent ce qu’il y a en nous-mêmes et ce que nous devons transformer pour réussir.

La réussite étant probablement de trouver du sens à sa vie et de vivre en paix en interaction avec le monde et les énergies qui le composent. Et puis surtout d’avoir un amour profond pour l’humanité, car nous partageons définitivement une histoire commune. Sans oublier un amour tendre et particulier pour ceux qui nous sont le plus proche et qui nous aiment tels que nous sommes.

Supporte ce que tu peux supporter, quant au bien que tu peux faire à autrui, fais le dans la mesure de tes capacités. Si vraiment des circonstances particulières t’en empêchent, contente-toi de limiter ta capacité à nuire. Et si tu désires vivre en paix, n’oublie jamais de pardonner. (Saïd Derouiche)

 

Saïd Derouiche
Coach, hypnothérapeute

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