La « solidité » d’un couple est proportionnelle aux contraintes de la séparation

Il y a quelque chose de tendre et — surtout — de puéril dans le couple. Les phénomènes de régression sont plus que perceptibles lorsque l’on est amoureux : de la pensée obsessionnelle au fait de faire (ou l’impression de faire) « n’importe quoi » — et parfois accepter n’importe quoi aussi — force est d’admettre que le couple est « un truc de jeunes ».

Par couple, on entend le couple traditionnel (avec ou sans mariage) : deux personnes dont le but est la vie commune avec la perspective d’avoir des enfants. En effet, personne (ou alors peu de monde) ne se met en couple — alors qu’on est sans enfants —, avec l’idée de rester éternellement « chacun chez soi » (et même si les modèles aujourd’hui se réinventent. La jeunesse (le manque d’expérience) offre la perspective de croire en ses utopies, sans compter qu’il y a probablement quelque chose d’inscrit en soi qui nous indique qu’il vaut mieux — du moins dans un certain idéal — être parent jeune plutôt que parent vieux.

Une fois séparé (c’est le cas de plus d’un mariage sur deux, les autres séparations n’entrant pas dans ces statistiques), avec la maturité, on peut penser — grâce à un certain recul — qu’on aurait fait les choses différemment ; ou bien dans le choix du partenaire, ou bien dans son attitude au cours de sa vie conjugale (voire les deux !).

Après son premier mariage (ou sa première expérience en couple officialisée implicitement par la cohabitation), ce n’est pas spécialement évident de retenter l’expérience. Si on a des enfants, il faut assumer pouvoir parfois être « un second choix » (que ce soit pour les hommes ou pour les femmes !) pour les partenaires potentiels qui n’en ont pas encore. Il y a certes l’option « famille recomposée », avec parfois des soucis d’acceptation (des enfants de l’autre, du parent de l’autre, ou des enfants entre eux !) ou de chamboulement (déménagement).

C’est pour cela qu’après un premier mariage (avec enfants) il n’est pas toujours facile d’envisager la vie de couple (avec cohabitation), c’est la raison pour laquelle on se dirige davantage vers « des relations » (d’ailleurs l’expression « fréquenter quelqu’un » a un peu remplacé l’expression « sortir avec quelqu’un ».

Le chacun chez soi est la façon d’assumer ne plus vouloir être en couple. Bien évidemment cela n’empêche pas d’avoir un(e) partenaire officiel(le), mais le niveau d’engagement n’est pas pareil. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on préfère cette configuration, car peu de gens sortent réellement indemnes d’une relation de couple (et on n’évoque pas ceux qui sont toujours en couple par résignation ou nécessité économique).

La « solidité » d’un couple est proportionnelle aux contraintes de la séparation : un acte de mariage (qui de fait implique les familles), des enfants, un prêt hypothécaire sont bien évidemment des choses concrètes qui, dans les moments difficiles, incitent de fait à vouloir surmonter les difficultés. Sans enfants, sans cohabitation, sans biens communs, sans acte civil légal, c’est très facile d’un commun accord — ou pas — de mettre fin à une relation.

Peut-être y a-t-il une vie à chaque âge ? Faire l’expérience du couple et de la parenté (entre 20 et 35 ans ?), se reconstruire et restructurer sa vie après la séparation, et (enfin) vivre pour soi. En vérité ça n’a pas toujours beaucoup de sens de se remarier — ou se remettre en couple (avec cohabitation) — puisqu’on peut être en relation avec énormément de monde qui accepterait volontiers cette configuration sans contraintes.

En réalité ce serait comme sa première relation (c’est-à-dire qui est devenue couple officiellement) avec plus de maturité, et sans les utopies de la jeunesse, à savoir : faire un bout de chemin ensemble sans se mentir, c’est-à-dire en intégrant l’idée que ce ne sera sans doute pas « pour la vie » (mais sans le rejeter on plus). Un contrat implicite à durée indéterminée qui n’empêche bien évidemment pas la présence de sentiments sincères.

La conception traditionnelle du couple fut incluse dans un système organisé, à une époque où l’homme et la femme avaient chacun un rôle. La société moderne ayant fait éclore des injustices en rapport à l’égalité hommes/femmes — car le monde a muté — les femmes ne sont plus dépendantes des hommes (c’est peut-être le plus grand bouleversement sociétal de l’époque moderne), et bien évidemment c’est tout sauf un mal si ce n’est pour ceux qui préféraient les structures sécurisantes du monde ancien : une femme qui reste à la maison (pour reprendre une caricature) du point de vue des hommes, et un homme qui — en dépit de ses défauts — assume les charges et la responsabilité de sa famille (de son foyer).

Ce n’était donc pas forcément mieux avant, tandis qu’aujourd’hui nous ne faisons, hommes et femmes, que nous adapter dans ce nouveau paradigme. Toujours pour le meilleur et pour le pire. Ce qui demeure la seule constante.

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