Qu’est-ce qui peut encore lier un couple à vie ?

Un des principaux changements au niveau du couple et de la relation est qu’aujourd’hui une femme n’a plus vraiment besoin d’un homme. Ce qui jadis rendait un couple plus stable  – outre les traditions et le fait que divorcer n’était pas aussi simple qu’aujourd’hui – ce sont deux choses :

  • La dépendance : financière mais pas exclusivement, car il y a l’image sociale et le fait d’être « une bonne épouse » (assumer d’être partie de la maison entre autres) et
  • la résignation : ou une forme de résignation, le fait de se dire implicitement : « c’est comme ça », surtout quand on a déjà des enfants sur qui mettre toute son énergie (et tout son amour).

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, ciel, enfant, plein air, nature et eau

Ce n’est sûrement pas une mauvaise chose que les femmes aient acquis une certaine autonomie financière (éventuellement compensée par les aides de l’Etat), cela permet aux hommes de ne pas se reposer sur « certains acquis », presque « de droit divin » (faut se faire à l’idée : la femme soumise c’est has been, et tant mieux !). Le progrès humain, si l’on peut dire, se mesure par sa capacité à réduire les injustices, et forcément la femme soumise à un tuteur fut une conception qui allait à un moment ou un autre s’avérer discutable.

Pour en arriver à la question fondamentale : qu’est-ce qui peut encore lier un couple « à vie » ?

Nous sommes – les hommes et les femmes – façonnés par notre environnement, une société matérialiste aux besoins à renouveler perpétuellement, aux désirs à créer, avec une intolérance totale à la frustration. Ainsi nous remplaçons nos objets quand nous les trouvons moins performants, ou tout simplement lorsque nous nous en lassons. Nous appliquons ces conceptions contemporaines à toute chose, y compris aux autres qui deviennent objets de nos désirs.

Si la vieille conception du couple – issue de la société patriarcale – était prédestinée à disparaître (car il est évident qu’un couple basé sur la dépendance et la résignation n’était pas le seul modèle à envisager, surtout s’il était quelque part question de garder les femmes « sous contrôle »), il y a clairement la place pour reconstruire de nouvelles conceptions, une nouvelle façon d’envisager le couple, ou la vie en couple. Car le modèle contemporain qui consiste à ne pas s’engager ou avoir la facilité de se désengager n’est sans doute pas si viable que ça, car il génère des blessures émotionnelles aux conséquences potentiellement dramatiques (blessures narcissiques, confiance en soi ébranlée, peur de la relation, voire des traumatismes lourds).

Certes on peut se poser la question de savoir si le couple issu de la tradition chrétienne est viable, à savoir le fait de ne se marier qu’une fois « pour le meilleur et pour le pire » (modèle monogame, amour exclusif et éternel). En postulant que ce modèle est, ou devrait être, envisageable – en termes d’idéal, car on n’est pas là pour subir des violences, surtout quand elles sont punissables par la loi –, il va falloir se reconstruire un monde qui dépasse ce qui est juxtaposé à notre regard. Car la façon dont nous envisageons le monde est en partie élaborée par des politiques et des marketeurs professionnels. Il faut consommer, de tout et en tout temps. Notre libre arbitre, si on n’est pas vigilent, est forcément biaisé.

Si le fait de vivre une relation heureuse, de façon durable, est un idéal, il va alors falloir se désaliéner d’une partie de ce qui a été ancré en nous. Ne plus voir l’autre comme objet nous procurant du plaisir et/ou de l’évasion, mais comme un(e) compagn(e)on de vie avec qui on partage, on vit, et éventuellement avec qui on construit des choses. Bien évidemment cette conception est à partager, mais avant de la partager il faut l’atteindre soi-même : s’auto-éduquer, apprendre à donner sans rien attendre dans les choses les plus simples de la vie et apprécier ce que l’on a, et/ou ce qui s’offre à soi.

On ne saura jamais si l’amour existe réellement au-delà de l’abstraction à son sujet, par contre nous pouvons nous inscrire dans une autre dimension afin d’être connectés aux autres de manière différente. Les spirituels parleront de rapport vertical, à savoir une énergie « divine ou cosmique », quelque chose dépasse l’éphémère, c’est-à-dire [qui dépasse] l’horizontalité, là où les âmes errent ci et là en fonction de besoins primaires à satisfaire (et à constamment à renouveler).

Car il ne suffit pas d’aimer, il faut encore se sentir digne d’amour, digne de recevoir. Et dès le moment où on a un doute, en rapport à des opportunités, c’est que le travail n’est pas encore terminé. Et il ne faut surtout rien forcer. Un travail qui n’est pas terminé n’est en aucun cas à forcer, car l’essentiel est d’être en chemin : connaître la destination, c’est déjà se préparer à vivre ce qu’on a à vivre. C’est façonner son esprit dans l’abondance.

Peut-être que ce jour-là, des notions telles que dépendance et résignation n’auront plus énormément de signification.

Le pari vaut sans doute la peine d’être pris.