Don de soi, projections, et authenticité dans nos relations

Dans les relations interpersonnelles, personne n’est jamais totalement désintéressé. On ne va vers – et on ne crée des relations qu’avec – ceux de qui on pense pouvoir retirer quelque chose de positif pour soi, et selon le cadre. C’est pour cela que nous posons le jugement suivant : les personnes que nous rencontrons sont intéressantes, ou ne le sont pas. Elles le sont [intéressantes] – ou pas – qu’en fonction de ce que l’on a recherché (ne fusse qu’inconsciemment). Et nous mesurons notre bénéfice à travers l’écart de ce que l’on a projeté et ce que l’on reçoit (ou plutôt ce que l’on évalue instantanément).

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Qu’est-ce que la projection ?

La projection est cette part de soi-même que l’on projette sur l’autre dans le but de se sortir d’une situation émotionnelle jugée intolérable pour soi-même. Traditionnellement, dans le langage psychanalytique et psychiatrique, la projection est quelque chose de négatif car il s’agirait de sentiments insupportables pour soi-même que l’on extrait de soi en les projetant sur autrui. On peut citer en exemple celui (ou celle) qui suspecterait – de façon totalement infondée – son partenaire d’être infidèle, ou encore ce client qui suspecte le commercial de vouloir lui faire faire une mauvaise affaire alors que la proposition tient la route et que le contrat est clair. Qui est épris de sentiments négatifs ? Qui cherche à tirer profit de l’autre ? Qui a des pensées mauvaises (ou malsaines) ? Qui jalouse l’autre ? Etc.

On se tire bien volontiers d’affaire, et de façon inconsciente, en attribuant ces phénomènes qui nous traversent aux autres. Il faut en cela être vigilant.

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Par ailleurs, la projection peut aussi  être positive : une surestimation illusoire et/ou très exagérée envers celui qui sert de support de projection, envers qui on voue une admiration sans borne. L’illusion est telle que la situation peut, du jour au lendemain, s’inverser brutalement. Celui ou celle que l’on a vu comme « magnifique » peut ainsi devenir « totalement banal(e) », sans intérêt.

Nous construisons notre regard sur autrui à travers des processus intrapsychiques fins et infiniment complexes. Et sur base de ce qui est créé, en pure projection de parts de nous-mêmes, nous nous permettons ensuite – et cela trop souvent –  de poser un jugement.

 

Comment éviter ces phénomènes ?

Il est impossible de les éviter exclusivement en rationalisant et en intellectualisant certains processus. On ne peut mettre l’image en pause lorsque l’on est face à autrui. On n’a pas le temps de se dire « qu’est-ce que je ressens ? Qu’est-ce que je pressens ? Qu’est-ce que je projette en ce moment ? » puisqu’on perdrait immédiatement en spontanéité.

Par contre on peut fluidifier la relation et y mettre l’ingrédient déterminant pour une relation qui peut générer du positif, voire de l’abondance : le don.

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Il s’agit de reconnaître en soi cette aptitude à pouvoir donner ce que l’on peut donne, sans une attente particulière d’un retour. Bien sûr qu’on attend toujours un retour, mais lorsqu’on est dans le calcul rationnel de ce retour, on est dans la mesure de ce que l’on donne. On serait tenté de calculer le poids de ce qui est espéré comme bénéfice et de ne donner que le strict minimum. Mais les rapports humains sont tellement complexes que les perceptions sont des paramètres qui n’entrent pas facilement dans une équation, en particulier dans le cadre d’un échange.

On dit que dans la vie il faut donner pour recevoir, mais n’a-t-on pas intégré l’idée, au sein de nos sociétés matérialistes, que le meilleur investissement est de donner le minimum pour recevoir le maximum ? On est en droit d’attendre cela d’objets matériels, c’est-à-dire : payer le minimum pour recevoir le plus d’avantages ; ou travailler à un taux horaire plus avantageux pour travailler moins et gagner plus.

Dans nos relations aux autres, cela ne fonctionne pas de cette manière. Il y a le vécu subjectif de chacun qui va colorer la relation (déjà au premier contact). Les projections sont en cela inévitables. Mais avant de les cristalliser, il est important de donner tout ce qu’on peut de soi pour l’autre. Cela commence par de la bienveillance (base commune pour des interactions saines), du non-jugement, et du respect.

Il y a également le respect des engagements, et même si un rapide calcul effectué « après la signature du contrat » nous montre que le retour escompté est inférieur à la première prédiction. Car en vérité, la mesure du retour reste inconnue tant que l’on n’est pas allé jusqu’au bout.

L’idée est la suivante : donner ce que l’on a à donner et recevoir quoiqu’il arrive un retour qui fera partie d’une certaine abondance. Abondance dans le sens où nos perceptions à l’égard de ce que l’on reçoit sont multiples. Il y a tout d’abord la mesure matérielle de ce qui est reçu, et puis il y a aussi la satisfaction personnelle d’avoir contribué positivement à cette création de richesse – celle-ci étant le produit d’un échange ou les deux parties ont gagné –, et il y a la gratitude à l’égard de l’autre qui a collaboré positivement.

Avant d’aller au bout des choses, on ne sait JAMAIS ce que les choses que l’on met en place vont produire. Cela ressemble à ces graines que l’on sème sans connaître le temps qu’il fera demain ou dans les prochains mois. Nos succès se mesurent à ce que l’on peut donner au-delà du retour. Car, au plus on donne [à l’autre] – et pas spécialement en quantité démesurée, l’authenticité pouvant être suffisante – on plus on reçoit de l’abondance en termes de satisfaction personnelle. C’est peut-être cela la vraie richesse.

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Réduire en miettes ses affects négatifs et autres illusions

La véritable victoire étant d’avoir dépassé ces phénomènes qui se déroulent en nous-mêmes. Les projections étant inévitables, on ne peut les canaliser qu’à travers le don de soi, de ce que l’on est en mesure de donner. Et cela ne signifie pas non plus se mettre en danger. Il s’agit de développer de la confiance, suffisamment de confiance envers ces processus empiriques qui font que l’on ne s’appauvrit jamais de ce que l’on peut donner.

Les lois universelles et les principes de causalités en ce monde sont si justes que l’intention que l’on met dans un acte nous revient conformément à l’intention. Et celle-ci n’est pas spécifiquement dans le calcul du retour, elle est plutôt dans le désintéressement du retour, dans l’intérêt de l’autre au moment où l’on donne (parce qu’on a bien voulu donner, de soi, de son temps). C’est en ce sens que cet intérêt de l’autre devient et se transforme en notre intérêt alors que nous sommes en train de contenir ces phénomènes de projections en nous-mêmes, et dans le même temps, réduire à néant nos éventuels fantasmes et autres attentes démesurées à l’égard d’autrui.

La juste intention pour le juste retour, c’est ce qui fait que dans la vie, on ne se nourrit que de ce que l’on donne.

 

Saïd Derouiche

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