A-t-on vraiment besoin d’un « psy » ?

A-t-on vraiment besoin d’un « psy » pour dépasser certains problèmes pouvant survenir au cours d’une vie ? Si certains sont réfractaires à la démarche – qui est vue, selon eux, comme « parler de ses problèmes à un (ou une) inconnu(e) » – que penser du postulat suivant : « ce sont les gens faibles qui vont consulter » ?

mafiablues

Les gens de la profession – les professionnels de la relation d’aide, peu importe le titre – vont naturellement promouvoir le contraire, mais comment expliquer alors que certaines personnes « s’en sortent » d’elles-mêmes, alors que d’autres qui ont entamé un travail thérapeutique ne sont même pas sûres d’être « tirées d’affaire » ?

Il convient au préalable de rappeler que chaque personne est différente, chaque personne a son histoire, chaque personne agit – et pense – selon son propre système de valeurs, acquis en grande partie au sein de son environnement familial et éducatif.

Nous avons précisément hérité au cours de notre éducation de ce qu’on appelle : les « messages contraignants » (ou « drivers »).

Suivant ces messages et la façon dont on les a intégrés dans sa vie, on est ouvert ou peu ouvert à entamer un travail thérapeutique.

Ces messages, qui sont « de petites voix », ont été identifiés au nombre de 5 :

1) Sois fort

Ce message est hérité du discours visant à dire que « dans la vie il faut être fort » : « dans la vie, tu dois être fort si tu ne veux pas être mangé » ; « un grand garçon ça ne pleure pas » ; « une femme doit pouvoir supporter beaucoup de choses, ma fille ».

Les personnes ayant grandi avec ces messages pourront éprouver des difficultés à exprimer leurs émotions, qui pourraient être perçues, par les autres, comme un aveu de faiblesse, car comme le dit le proverbe : « Ne dis pas tes peines à autrui ; l’épervier et le vautour s’abattent sur le blessé qui gémit » ; ou encore « ce qui ne tue pas rend plus fort » (cela éreinte aussi).

Ces personnes peuvent faire preuve de rigidité et – parfois – se montrer méprisantes vis-à-vis des personnes [qu’elles jugent] faibles… notamment celles qui vont « voir des psys », car elles, n’ont pas besoin de ça ! Jusqu’à ce que le vernis craque éventuellement…

 

2) Sois parfait

Ce message est hérité du discours visant à dire qu’on peut sans cesse s’améliorer, ne jamais se contenter de ce que l’on a réalisé : « C’est très bien, mais tu peux encore mieux faire » ; « Tu sais que l’on attend beaucoup plus de toi » ; « ne te repose jamais sur tes lauriers ».

Les personnes ayant grandi avec ce message peuvent devenir perfectionnistes, exigeantes vis-à-vis d’elles-mêmes (et vis-à-vis des autres !). Ces personnes peuvent également craindre le jugement des autres, puisqu’elles mettent naturellement la barre très haut dans ce qu’elles réalisent. S’entendre dire que ce qu’elles ont fait n’est pas parfait peut être difficile à encaisser. Par ailleurs, elles ne supportent que très difficilement le manque de contrôle.

Si consulter un « coach » peut aider ce type de personne à atteindre l’excellence dans ses domaines de prédilection, cette personne peut également prendre ce qu’elle a accompli (ses qualités intrinsèques) comme une marque d’autosuffisance, et ainsi être réfractaire à l’idée d’effectuer un travail thérapeutique (« Ou alors il [le psy] a intérêt à être vachement compétent ! »)

martin luther king perfection

 

3) Fais plaisir

Ce message est hérité du discours visant à dire que « dans la vie il faut surtout penser aux autres » ; « tu ne dois pas être égoïste » ; « il faut partager » ; « allez, fais plaisir à ta mère ».

Les personnes ayant grandi avec ce message ont toutes les chances de devenir des personnes altruistes, qui craignent de décevoir, et qui peuvent facilement se laisser envahir par les autres. Ces personnes ne savent pas dire non, et sont souvent amenées à rechercher de l’approbation. Elles ont du mal à mettre des limites, jusqu’à être victimes de leur dévouement (« la bonne poire »).

Il est peut-être plus facile pour ces personnes de faire la démarche d’aller consulter un professionnel lorsqu’elles se sentent littéralement envahies. Lorsqu’elles réalisent qu’elles vivent principalement pour les autres,  jusqu’à réaliser s’être un peu – ou beaucoup ! –  oubliées elles-mêmes.

faire plaisir

4) Dépêche-toi

Ce message est hérité du discours visant à dire qu’il faut pouvoir vite faire les choses : « arrête de traîner » ; « mais que tu es lent ! » ; « allez, bouge-toi ! » ; « active-toi un peu, bon sang ! » ; « t’as pas encore fini ? » ; « t’es pas encore prêt ? » ; « c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? » ; « dépêche-toi de finir ton assiette ! »

Les personnes ayant grandi avec ce message peuvent devenir des personnes au profil « speed », des personnes ayant la capacité de passer rapidement d’une chose à une autre. Elles peuvent aussi avoir une fâcheuse tendance d’imposer leur rythme effréné aux autres, jusqu’à les presser. L’impatience est également une marque de leur personnalité. Ces personnes méprisent la lenteur, sont souvent stressées… et également stressantes !

En allant au bout de sa logique infernale, le tort causé à autrui par une personne ayant reçu ce
message peut s’avérer évident. La pression exercée sur les autres peut aboutir à de sérieux problèmes relationnels. Mais également à des problèmes vis-à-vis de soi-même et de sa santé, notamment par rapport au stress.

Si les dégâts sont suffisamment importants, aller consulter un professionnel peut s’imposer de soi.

hurry up

 

5) Fais des efforts

Ce message est hérité du discours visant à dire qu’il faut pouvoir « se faire violence ». Si une tâche est trop facile, « ça ne vaut pas grand-chose ». Il y a un plus grand mérite à se donner du mal qu’à réaliser la tâche en question : « donne-toi un peu de mal ! » ; « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »

Les personnes ayant grandi avec ce message peuvent devenir des personnes « éparpillées ». Elles font plusieurs choses à la fois, se donnent du mal, jusqu’à – parfois – se couper les cheveux en quatre. Ces personnes s’acharnent jusqu’à épuisement. Elles n’aiment pas non plus la critique car, elles au moins, elles bossent ! « Elles ont le nez dans le guidon » et mettent – réellement – toute leur énergie pour réaliser une tâche (ou faire aboutir un projet). Elles ont parfois tendance à penser que les autres sont paresseux.

En ayant intégré que s’acharner est aussi important (voire plus important encore) que de terminer une tâche (ou un projet), quel est l’intérêt d’aller consulter un professionnel ? « Avec toute l’énergie que j’ai mis dedans ça va bien finir par payer ! » Sauf que quand on s’y prend mal, en plus de ne pas payer, on peut tourner en rond, se retrouver complètement épuisé, avec des effets non désirés, en particulier lorsque l’on implique d’autres personnes dans ses « galères ». D’autant qu’un supérieur hiérarchique n’aura que faire d’un travail d’acharné, si les efforts n’ont pas été dirigés dans la bonne direction. Pareil pour un maître qui doit juger le travail d’un étudiant. Ce qui compte, c’est le résultat.

work hard

La « règle » pour savoir s’il est judicieux d’aller vers un professionnel de la relation d’aide (« psy » ou coach) consiste à évaluer correctement (et là est toute la question) si l’on peut – ou pas – s’en sortir tout seul. On est devant le fait accompli lorsque l’on a exploré toutes les pistes jusqu’à ne trouver aucune issue favorable. Tant qu’on est capable d’assumer une situation d’échec (que l’on estime comme non définitif) ou de « stagnation », tant qu’on pense avoir encore des ressources pour atteindre son objectif, si on est patient, il n’y a évidemment aucun souci à vouloir poursuivre et chercher des solutions seul. Par contre, si on « galère vraiment », un professionnel peut aider à prendre le problème qui nous occupe par le bon bout. Et finalement continuer à avancer.

C’est de ce point de vue qu’il est très réducteur de considérer les personnes allant vers ces professionnels comme « faibles ». Ce jugement potentiel est directement induit par l’éducation reçue. Personne n’est en soi « fort » ou « faible » : nous nous adaptons aux circonstances, avec le système de fonctionnement que nous avons intégré, notre personnalité.

Le « fort » est peut-être bien celui qui a accepté ses faiblesses et qui s’est résolu à travailler certains aspects qui, jusque-là, étaient refoulés dans son inconscient. Déconstruire une partie idéalisée de sa personne c’est gagner en humilité. Il s’agit d’une voie royale pour libérer de nouvelles potentialités.

Tandis que « le faible » est peut-être bien plus fort qu’on ne le croit. Peut-être a-t-il emmagasiné une quantité insoupçonnée de frustrations, voire de souffrances, avant d’avoir pris la décision d’entamer un travail thérapeutique, et finalement s’en sortir au-delà de toute espérance.

Saïd Derouiche

 

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Voir aussi : Consultation à distance